« Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément. » de Albert Einstein

Il y a quelques jours, j’ai dû subir une chirurgie abdominale. Chirurgie mineure, mais chirurgie pareil…

Et ça m’a évidemment porté à réfléchir. Une tête comme la mienne se repose rarement! J’avais donc une toute nouvelle situation pour nourrir mon esprit. En fait, c’était la deuxième chirurgie que j’avais à vie. Reste que les questionnements, les peurs et les doutes ont envahi mon crâne et mes trippes, bousculant du coup, bon nombre de mes croyances, de mes certitudes et de mes convictions.

Cette année, j’ai eu 33 ans. Jeune encore me direz-vous. Mais ce 33 ans bien sonné avait une signification particulière dans ma vie. En effet, comme plusieurs d’entre vous le savez, c’est l’âge que mon père avait quand il est entré à l’hôpital il y a de cela plus de 25 ans. Il n’en est jamais ressorti, ou presque, et y est décédé quelques 9 mois plus tard. J’avais 6 ans… En fêtant mes 33 ans, je sonnais donc la même cloche que celle de mon paternel d’une certaine façon. Ma santé à moi est par contre bonne, merci la Vie! Cependant, devant me faire opérer au ventre, je repensais à mon père qui avait eu ses premières douleurs justement là, au ventre. Lui c’était les intestins… Moi, une hernie. Grosse différence. Mais les trippes nous faisaient mal à tous les deux quand même.

Et je me suis mise à me demander si j’allais y passer moi aussi…

Si les médecins découvraient autre chose en opérant? Comme pour lui? Si j’étais arrivée à 33 ans et que je ne devais pas me rendre plus loin que mes 34? S’il y avait des complications durant l’intervention?  Si ma douleur était le symptôme d’autre chose de plus important?

Et mes enfants? Qui s’occuperait de mes enfants s’il devait m’arriver quelque-chose? Si ma vie devait s’arrêter aujourd’hui?

Et ma mère? Ma mère qui a enterré son mari alors qu’elle n’avait que 32 ans et que je soupçonne de ne jamais avoir totalement fait son deuil de lui, survivrait-elle à une seconde tragédie? Tous ces gens avec qui je me suis brouillée? Devrais-je reprendre contact? Faux sentiment de culpabilité? Ou dernière chance?…

Ensuite sont venues les questions existentielles: C’était ridicule de penser que je pouvais mourir à 33 ans uniquement parce que c’était arrivé à mon père, mais si jamais…? Qu’est-ce que j’avais à apprendre d’une situation pareille? Pourquoi ces peurs? Qu’est-ce que je regretterais de ne pas avoir fait dans ma vie? Y avait-il des choses que je devais modifier de mon existence? Remise en question… Est-ce que j’étais satisfaite de qui j’étais? De qui j’étais devenue? De ce que j’avais accompli? De ce que j’avais conquis? Est-ce que le sens que je donnais à ma vie était toujours valable, valide? Devait-il changer? Ma vie avait-elle encore un but? Un sens?…

Et ma santé? Est-ce que j’en prenais soin? Suffisamment? Est-ce que j’en étais satisfaite? Est-ce que si j’avais si peur, c’était justement parce que je savais que je n’étais pas en si bonne forme physique? Qu’est-ce que je pouvais retirer de cette leçon? Y avait-il des choses que je pouvais améliorer dans mon alimentation, dans ma façon de me soigner, dans mon hygiène de vie en général?…

Et enfin, les convictions y sont passées aussi: Celle qui me disait que j’avais un certain contrôle sur ma vie: envolée. La conviction que j’étais là où je devais être dans ma vie: envolée aussi. Celle qui me disait que j’avais réglé tout ce que j’avais à régler: partie en fumée dans le temps de le dire… et bien d’autres y sont passées aussi, dans ce moulin à viande, ce tordeur d’idées qu’était devenue ma pauvre cervelle.

Puis, je me suis mise à respirer. Je me suis dit que je pouvais effectivement mourir. Qu’il était possible que mes 3 enfants se retrouvent orphelins d’un parent; que, comme tout le monde, je n’avais pas toujours fait les bons choix dans ma vie, que j’avais fait ce que j’avais pu avec ce que j’avais; que quelque-part au fond de moi, je faisais confiance. Confiance en la Vie, confiance en ce quelque-chose de plus grand que moi que je ne saurais trop comment nommer… Que si j’étais là où j’étais aujourd’hui, c’est qu’il y avait bien une raison, peu importe laquelle c’était et peu importe que je la connaisse ou pas. Que malgré les erreurs que j’ avais pu faire par le passé, je les acceptais. Que malgré les gens avec qui je m’étais brouillée ou ceux de qui je m’étais éloignée, je l’avais fait par respect de mes valeurs et de mes convictions profondes. Et je me suis aussi dit que de toute façon, je n’étais pas immortelle. Que la seule chose que je pouvais faire, c’était de faire confiance et de faire confiance encore et d’accepter. Accepter la Vie, ou la mort, mes choix, mes erreurs, mon chemin, ma situation, ma Vie, avec un grand V. Que la seule chose que je pouvais faire en sortant de là si jamais j’en sortais, c’était de continuer à tenter de m’améliorer, à continuer de tenter de devenir une personne meilleure à chaque occasion qui m’était offerte, de poursuivre mes buts et mes rêves, encore et encore. Continuer de prendre soin de mes 3 mousquetaires du mieux que je pouvais avec ce que j’avais, ce que j’étais et ce qu’eux étaient aussi. À continuer de faire bien les choses, les choix. Toujours par convictions. Toujours avec cette fougue qui me caractérise. Toujours avec cette Vie et cette énergie qui ne m’ont jamais quitté malgré tout…

C’est tout ce que je pouvais faire…

Et puis je me suis sentie en paix. En paix avec mon paternel mort trop jeune, avec mes démons, mes anges aussi, avec tous ceux qui me regardent de haut parce que je ne fais pas dans les 6 chiffres de salaire annuel, avec tous ceux qui me trouvent bizarre, avec tous les choix et aussi les conneries que j’ai pu faire, avec tous mes bons coups, qu’ils aient été connus des gens ou qu’ils soient restés secrets. Je me suis sentie en paix pour une des rares fois dans ma jeune existence. Et ça goûtait bon…

Finalement, l’opération s’est bien passée. Rien de cancéreux, rien de grave, une opération de routine de 30 minutes pour le doc!

Mon amoureux qui m’avait accompagné jusqu’aux portes du bloc opératoire m’attendait à ma sortie. Il m’a tenu la main. Il a tenu mon coeur. Il avait confiance depuis le début lui. Il m’a écouté lui raconter toutes mes frayeurs, sans broncher. Parce qu’il avait confiance. Et il m’a consolé quand j’ai pleuré le matin de l’opération. Et il a pris soin de moi en revenant à la maison. Il m’a aidé à marcher, à m’asseoir et à me lever, à me laver, à m’habiller. Ça fait quelques jours et je vais mieux. Je peux marcher, me lever seule. Mais je ne peux pas encore aller jouer dehors avec mes enfants. C’est mon homme qui a pris la relève depuis une semaine. Un homme. Un vrai!

Et mes peurs m’ont permis de réaliser plein de choses extraordinaires. Comme ma santé qui n’est pas à son meilleur et dans quel angle je dois corriger le tir; comme de savoir apprécier l’aide de ceux qui m’ aiment; comme mes convictions qui sont encore plus ancrées et que je sais être les bonnes; comme les occasions certaines qui vont se présenter à moi pour faire d’autres gaffes, d’autres conneries et d’autres qui me permettront de faire encore les bons choix, de prendre les bonnes décisions, de continuer à m’améliorer, de me calmer le pompon quand les fils se touchent et surtout, de faire confiance à nouveau…

Autour de mon café…

On est samedi soir.

Pis y’é tard pour ceux qui ont des flots, pis la veillée fait juste de commencer pour ceux qui en ont pas. À mon sens, il fait exactement la même heure qu’à cinq heures du matin; il fait noir, y’a du monde deboutte pis y’a du monde qui dort; les oiseaux chantent pas fort,  pis je viens de me faire un café.

La maison est tranquille pis j’suis toute seule avec ma tête en face à face avec mes paroles à l’écran. J’aime ça ces heures-là…

Je me suis faite un café. Pas trop fort, question de rêver un peu avant que le soleil se lève.

Je me suis faite un café. C’est de famille de boire du café à des heures qui sont pas supposées être caféinées. Comme de dormir sur des meubles qui sont pas supposés être endormeux, comme de pas brûler la chandelle par le même boutte que tout le monde, comme… comme ben des affaires finalement. C’est de famille; faut ben assumer notre généalogie dans quelque-chose…

Je me suis faite un café histoire de rester dans ma tête encore un peu sans que mes idées s’envolent avec Morphée. Sans que le marchand de sable me fasse payer de la taxe sur mon overtime de la journée.

Je me suis faite un café question de ruminer un peu aussi. Les filles on aime ça se tourner le fer dans la plaie des fois; question de se sentir un peu plus; question d’essayer de trouver une fin qui pourrait ressembler un peu à une histoire pour enfants, aux emmerdes de notre petite vie. Ils disent que c’est beau de rêver…

Moi j’aime bien rêver éveillée; facque je me suis faite un café. Question d’avoir un peu de compagnie dans ma nostalgie; un peu de réconfort dans mon écorchage de plaies (on est maso mais on est pas folles non plus!); question d’avoir, aussi, un peu de chaleur: j’ai laissé la porte-patio ouverte pis l’air est froid.

Je me suis faite un café pis j’attend. J’attend que le sommeil arrive assez pour que j’aille envie d’aller rêver autrement; pour qu’il me call l’heure de puncher la fin de mon chiffre; pour qu’il me punch tout court. De même, j’aurai pas à virailler dans mes couvertes en me disant qu’il est trop de bonne heure pour se coucher à s’t’heure-là un samedi soir…

J’attends pis je me dis que les histoires pour enfants devraient pas exister comme elles existent; que les auteurs devraient être amenés en justice pour publicités mensongères, que ceux qui ont pris la pose pour les images devraient avoir la honte sur leurs consciences et que dans le fond, y’avait juste la sorcière dans Blanche-Neige qui avait compris la game, pis peut-être la méchante belle-mère de Cendrillon aussi…

Je tète mon café un peu plus tiède que chaud pis je me dis que des fois j’aimerais ben mieux être la méchante dans l’histoire; me semble que la belle-mère de Cendrillon est partie avec un cristi de gros magot quand le bonhomme est mort même si la petite princesse avait trouvé son cave charmant, pis que la sorcière doit avoir spotté la cachette des sept gars dans le bois pis qu’elle a dû bookmarker ça dans ses favoris question de s’assurer de pouvoir y retourner au gré de ses hausses d’hormones…

Mais bon…

J’arrive au fond de ma tasse pis ce qui reste dedans m’indique en rien que je vais gagner à la loterie ou quoi que ce soit dans le genre; j’arrive au fond de ma tasse mais pas au fond du baril; pis c’est l’heure de puncher; parce que mon histoire continue demain, parce que j’ai à continuer à l’écrire, parce que les trois bessons qui me donnent des tas de bonnes anecdotes à encrer et qui renversent leur jus sur mes pages après aussi, vont se lever tôt demain et qu’en plus ils sont enrhumés tous les trois…

Saletés d’histoires d’enfants, va! ;o)

Preuve irréfutable!

Aujourd’hui, ma fille a vécu quelque-chose de… fort.

Quelque-chose de nouveau, de troublant, de plus grand qu’elle…

Quelque-chose qu’on est pas censé vivre quand on a presque 16 ans; une chose dans laquelle tous les mots ont leur importance mais qui perdent aussi tout leur sens quand on est seulement un accompagnateur, un appui; quand on est seulement moi.

Il y a 15 ans 10 mois et quelques jours, ma fille venait au monde. Et déjà, je savais qu’elle allait être une tête dure, une entêtée, bornée, mais aussi une combative, solide et déterminée. Après un accouchement qui aura duré 23 heures, une enfant fatiguée et malade venait au monde. Elle pesait 7lbs et 2 onces. Après une semaine à l’hôpital, elle en pesait un peu moins de 6… Tranférée à Ste-Justine en ambulance, elle y restera deux semaines. Pour enfin revenir à la maison, guérie et en forme.

J’avais 17 ans…

Ma grand-mère me disait que j’étais une enfant qui allait avoir un enfant… Et elle avait plus que raison! Tout le monde me parlait des difficultés et des embûches qui meublent le quotidien en devenant parent, des soins à apporter à l’enfant, des nuits sans sommeil, et vous connaissez la suite de la chanson si vous avez des rejetons… Mais j’avais la tête dure et un caractère de chien! Ils allaient voir ce qu’ils allaient voir que je me disais…

Ma fille a grandie et les recommandations ont changées au fil du temps. Et une en particulier m’est toujours restée:  » Tout ce que ça prend pour élever un enfant, c’est ben d’l’amour, pis un peu de bon sens! »

Cette grande phrase venait d’une simple femme, qui avait tout de même le mérite d’avoir mis au monde et élevé 6 enfants. Merci mamie…

Cette citation aura été un de mes peu nombreux leitmotiv dans ma vie et le restera.

D’autres trucs ont bien entendu suivis, du genre:  » petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes », ou encore  » on fait pas ce qu’on veut avec nos enfants, on fait ce qu’on peut ». Mais toutes n’ont pas eues le même effet sur moi. 😉

Par contre, une seconde phrase m’a un jour été soufflée, en laquelle j’ai aussi choisi de croire. À cette époque, la vie aux côtés de ma pré-ado entêtée était loin d’être rose; en fait, cela tenait plus souvent du vert (marde…) que de quoi que ce soit d’autre. Ma patience s’amoindrissait à une vitesse folle et mon niveau de saturation frôlait la barre du rouge. On m’a alors dit: « Fais confiance à ce que tu lui as donné quand elle était petite… (l’éducation) pour l’instant t’en vois pas le bout, mais un jour, ça va revenir… » Merci à mamie, à ma mère, à Nathalie R. sur celle-là.

Et aujourd’hui, j’ai vu…

J’ai vu qu’il faut faire confiance. J’ai vu que la maturité, le sens des responsabilités, le sens du devoir, et le fait d’avoir le coeur à la bonne place, ça ne paraît pas dans la chambre d’une ado de 16 ans. Ça ne paraît pas non plus quand elle chiale pour ne pas emmener son petit frère faire du vélo ou quand je lui demande de sortir les poubelles. Non plus quand c’est l’heure de se lever le matin et encore mois quand c’est l’heure d’aller se coucher! Mais ça paraît dans les choses qui comptent.

Aujourd’hui ma fille a fait peuve d’un courage dont je ne la croyais pas capable. Et elle a fait preuve d’un sens des responsabilités indiscutable; sens sur lequel j’étais convaincue que tout espoir était à ce jour perdu! Elle a prouvé qu’elle avait un code moral en béton, un sens des valeurs puissant et surtout, qu’elle a le coeur à la bonne place…

Aujourd’hui j’ai vu que ce que nos enfants sont, est bien plus grand que ce que nous en pensons. L’adolescence est une période charnière et peut parfois s’avérer être aussi une période, disons, d’incompatibilité entre eux (les ados) et nous (leurs parents). Mais aujourd’hui j’ai vu une jeune fille se tenir debout, dans tous les sens du terme, se tenir droite, fière et malgré qu’elle tremblait de tout son corps, affronter quelque-chose à quoi on ne peut jamais être totalement préparé.

Aujourd’hui j’ai eu la preuve irréfutable que ni l’âge, ni l’état de notre chambre et ni à quel point on tremble devant les événements, ne représentent qui on est ou qui on sera dans la vie.

J’ai eu la preuve que ma fille est venue au monde forte malgré les apparences, entêtée malgré qu’elle soit parfois influençable, courageuse malgré qu’elle tremble, déterminée malgré sa peur, honnête malgré qu’elle m’ait souvent menti, et qu’elle ait un code d’honneur bien plus grand que celui de bien des grands…

Tous ces mots ont tout de même perdu tout leur sens à 2 heures de l’après-midi aujourd’hui et je ne pouvais rien dire ou faire sauf être là… Être à côté d’elle prête à lui offrir ce dont elle aurait pu avoir besoin à ce moment-là, prête à la soutenir, à l’appuyer, le tout dans le silence le plus… plein. Plein de tous ces mots qu’on ne sait souvent pas dire au bon moment, plein de toutes ces étreintes qu’on ne sait jamais quand il est correct de les faire…

Aujourd’hui j’ai eu la preuve irréfutable que tous ceux cités plus haut ont eu raison; il faut faire confiance à ce qu’on leur a donné étant petits, ça va finir par revenir…

Je t’aime ma belle et aucun texte et aucun calin ne pourra suffisamment exprimer à quel point je suis fière de toi ma grande! Tu as fait une femme de toi et, de moi, une mère qui se pète les bretelles d’avoir une fille comme toi!

Même si ta chambre est encore en bordel…. ;o)